mardi 27 octobre 2009

Michel Berger, une nouvelle biographie

L’Étoile au cœur brisé, nouvelle biographie de Michel Berger, n'est pas un livre léger, même si l'on est bien dans le registre des "biographies de célébrités" (gros caractères et cahier photo au milieu de l'ouvrage). Cela tient bien sûr à l'amoncellement de mauvaises nouvelles, décès, trahisons et abandons auxquels le chanteur a dû faire face tout au long de sa vie.
Saluons d'abord le courage des auteurs (Grégoire Colard, qui fut son attaché de presse ainsi que celui de France Gall pendant 15 ans, et Alain Morel du Parisien) qui ont su éviter la complaisance, la langue de bois et ce, sans jamais sombrer dans la facilité "people" (le récit est soutenu par des interviews réalisées pour le livre ou reprises de publications).
Bien sûr, pour quelqu'un qui dédie un blog à la Véronique Sanson des années 70 ("le nuage rose et gris / de celle qui ne l'a pas suivi"*), cet ouvrage était plutôt attendu. Et on doit toujours faire confiance au temps qui passe : ce qui se chuchotait il y a 30 ans peut aujourd'hui enfin sortir en librairie. Il aura sans doute fallu aux auteurs laisser passer divers anniversaires (les 10 ans, puis les 15 ans suivant la mort de l'artiste, les 30 ans de Starmania) et enfin, galanterie oblige, écrire la biographie de France Gall avant celle de son mari.

Grégoire Colard et Véronique au micro de FG au Banana Café en 1985.

Le début du récit est assez bouleversant ; l’enchaînement jusqu’au départ de Véronique, l’utilisation de dialogues (mis, par exemple, dans la bouche de Colette Sanson qui doit aller trouver Michel et lui expliquer où se trouve Véronique) donnent à penser – nul besoin d’être prophète – qu’un jour cette histoire, infiniment romanesque, fera l’objet d’un film [update 2016 : Julien Tricard, neveu de Véronique, a un projet de film biographique sur la vie de sa tante].

Le livre apporte son éclairage sur cette relation dans la mesure où Michel, modèle de discrétion, renvoyait toujours aux textes de ses chansons ceux qui souhaitaient en savoir plus. Ici, on approche au plus près de ses tourments : on le voit dîner, au bord de l’évanouissement, le soir du mariage de Véronique en 1973,
avec Bernard de Bosson, qui y a assisté le jour même [update 2015 : on a retrouvé des photos de Bernard de Bosson à la party qui a suivi la cérémonie, il n’a donc pas pu dîner avec Michel le soir-même], on l’imagine se glisser incognito, en compagnie de Grégoire Colard, dans la salle du Palais des Sports, en 1978, et d'autres détails encore.

Avec l’ingénieur du son Roger Roche au Studio de la Gaîté
pour l’enregistrement de l’album “De l’autre côté de mon rêve”

Pour autant, le livre n’est jamais manichéen (la méchante Véronique contre la pauvre France Gall, caricature trop souvent donnée par les intervenants sur les forums internet – intervenants à qui on a envie de souhaiter de vivre un jour “l’amour le vrai, vous comprenez le grand amour” – ce qui peut arriver plus d’une fois dans une vie.). On pense aussi que ce sera peut-être un soulagement pour Véronique de voir là, confirmés noir sur blanc par un proche et confident de Michel (Grégoire Colard), ses échanges avec Michel Berger par chansons interposées. 

Dernière en date – même s'il n’est hélas plus question d’échange – l’énigmatique L’homme de farandole (2005) et ses textes à tiroirs dans lesquels Véronique a réussi à glisser deux verbes-titres de chansons écrites par Michel pour France : Voilà l’idole / Sans résister tu voulais faire la guerre à tout ce qu’il aime / Sans te débrancher / De ses idées”. [update janvier 2012 : ceci n’était qu'une interprétation libre : interrogée à propos de cette chanson, Véronique avoue que c’est bien inconsciemment qu’elle a utilisé ces deux verbes.] 

France Gall et Véronique interprétant La groupie du pianiste (Taratata, janvier 1994)

Il reste donc de la place pour un livre moins grand public (ou bien est-ce le rôle d'internet ?) qui décrypterait ses textes, comme cette face B du 45 tours de France Mais, aime la, déjà très sansonien, À votre avis, qui commence ainsi “Je téléphone à une amie / Pour qu’elle se penche sur ma vie / Est-ce que je l’aime / À son avis” et qui semble correspondre à une certaine réalité (un appel de France Gall à Véronique). 

Ou encore retrouver la genèse des chansons de l’album “Cœur brisé” de Michel pour expliquer la présence non créditée dans les chœurs de la voix de Véronique sur Oublie-moi de sitôt – et peut-être sur d’autres (Personne n’écoute) ? – ainsi que ce très court duo prévu pour l’album puis écarté (Je veux être avec toi), à ce jour toujours inédit. 

On trouve un peu partout dans l’œuvre de Michel Berger des phrases vraisemblablement écrites pour Véronique, tel ce “Je retourne à la maison et je trouve ton mot”, évocation du légendaire mot laissé par Véronique au moment de son départ précipité pour New York en 1973 ? (dans L’amour est là, 1975, même si le vers précédent n’a pas l’air de coller). 

Entre messages d’espoir et de découragement (“À quoi sert de chanter tout ça / Encore une fois”, dans La chanson d’adieu, 1975), celui qui répétait “Qui connaît ma vie” dans Attendre, en 1980, parti bien trop tôt, aura emporté avec lui une bonne part de ses mystères.


Michel, Alain Souchon, Jacques Higelin, Véronique, Laurent Voulzy et France Gall
au moment
de l'enregistrement de la chanson SOS Ethiopie (mars 1985)


Autographe obtenu après le concert du Théâtre des Champs-Élysées (4 juillet 1980)

Véronique et Michel chez Maxims, mai 1967 (© Studio G. Delorme)

Petite erreur relevée dans cet ouvrage : le concerto de Véronique (page 45) a bien été écrit. Extrait du texte qui accompagne l'intégrale, par Yann Morvan : Elle compose à son tour un concerto pour deux flûtes, deux clarinettes et orchestre, qui restera à l’état de partitions. Incapable, bien sûr, de les transcrire elle-même, et pas toujours familière avec la tessiture des instruments de l’orchestre, elle est épaulée par Hubert Rostaing pour une partie, pour l’autre par Christian Bellest, dont la famille, seule, a conservé jusqu’à aujourd’hui des fragments de cette œuvre fantôme.  

Autre chose : ce qui est annoncé comme le scoop du livre par France-Dimanche n’en est pas un. Déjà en 1997, dans Michel Berger, Quelques mots d'amour, Jean-François Brieu et Eric Didi révélaient le nom de “la jeune femme d'origine allemande”...
[Update (octobre 2015) : Fabienne Thibault mentionne également Béatrice Grimm dans “Douce France” d’Alain Wodrascka (Éditions Du Moment) – Bernard Saint-Paul également.]



 B O N U S 

Le Grand Format Michel Berger d’Évelyne Pagès (RTL) en ligne ici 



Dossier de presse du 1er LP,
trouvé avec une carte de la main de sa mère :





Intérieur de la pochette du 1er album, Cœur brisé (1973) :
Michel, rue de Prony, avec sa nièce, Marine, à droite. © Jean-Marie Périer

Autocollant (10 x 10 cm) dédicacé
 

En 2006, dans la collection “Artistes de légende”,
le livret du CD de Michel Berger réussit un superbe tour de passe-passe :

faire disparaître la production des deux premiers albums de Véronique
en utilisant néanmoins les termes “WEA-Filipacchi” et “rencontre déterminante”
dans la même phrase et finalement parler de... Françoise Hardy !


© Jean-Marie Périer

 Également, dans le superbe livre de photos de Thierry Boccon-Gibod,
“Michel Berger, Haute fidélité”, présenté sous la forme d'un dialogue avec France Gall,
on trouve la mention de Véronique dans une phrase
alors que son nom de famille n’a pas été utilisé dans les pages précédentes...




Quelques rares articles de presse :

Dans Spécial Pop en octobre 1967, ces dernières phrases :
"Il n'a pourtant jamais réussi à s'imposer tout à fait. Il n'a encore que 20 ans"




Salut les copains, septembre 1971




Pop Music Hebdo, 1971




Une chronique rare : celle de Puzzle
dans Lui n° 96, janvier 1972




Salut les copains n° 139, mars 1974



Playboy en avril 1981 :
Michel y évoque le "tournant américain" de Véronique, "plus violent"

 




Elle n° 1868, 26 octobre 1981 :
une interview très honnête, sans doute la seule dans laquelle Michel avoue s’être adressé à Véronique “dans ses chansons d’amour”
 


À propos de la diffusion, le 16 septembre 2011 sur France 2
de Un jour, un destin consacré à Michel Berger,
la courageuse Sandrine Cohen a publié la chronique suivante.

Ç
a balance pas mal... à L'Illustré !




De la même Sandrine Cohen, ce texte paru dans Le Nouveau Quotidien du 4 août 1992, avec en bonus une interview à chaud de Véronique :
 Au téléphone, elle est effondrée. Elle sanglote, articule quelques mots qui lui viennent : « C’est Michel qui m’a mise là où je suis maintenant. C’est lui qui m’a fait travailler comme une malade, pour être prête à sortir un premier album. On a connu aussi la douleur, le chagrin, quand nos vies se sont séparées. Et je sais que, depuis, Michel me dédiait toujours une chanson dans ses albums. Au début, ça m’agaçait… et puis, petit à petit, j’ai eu envie de le revoir, de retravailler avec lui. Je lui ai demandé de produire mon avant-dernier album « Allah », j’ai découvert à quel point le lien qui nous avait uni était inaltérable. Je sais aussi qu’à ses débuts, il était très malheureux parce que non seulement le public le refusait, mais en plus on lui reprochait de m’imiter. Ça le rendait malade. Mais personne n’a imité personne. On était juste deux fous de musique qui avons travaillé des années et des années ensemble. »

> Chronique écrite après la mort de France Gall


 
* C'est drôle, en voulant vérifier ces lignes tirées de C'est pour quelqu'un, je les trouve ainsi sur http://fr.lyrics-copy.com : "Comme s'il dédiait sa vie / Aux nuages roses et gris / Il sait qui ne l'a pas suivi /Qui n'est pas ici" !

samedi 15 août 2009

Véronique et Stephen Stills dans "Gala"

Cette année, la saga de l’été de Gala s'intitule “Brisées par un homme” ! Et le n° 842 (du 29 juillet au 5 août 2009) s’avère assez intéressant, uniquement parce qu’il nous permet de retrouver des photos de Véronique et de Stephen Stills, “son amour assassin” (sic), dans les années 70. Le texte, par contre, signé Christophe d'Antonio (rédacteur en chef adjoint du magazine), ne nous apprend pas grand chose et glisse même quelques petites erreurs (ce n'est pas du Colorado que Véronique n'a pas eu “d’autre choix que de fuir” mais bien de Los Angeles).



En complément, un article d'Ici Paris (mai 80), assez drôle et truffé d'âneries ce qui était leur marque de fabrique à l'époque et qui l’est moins aujourd'hui que ce genre de presse s’est généralisé – avec une photo de leur rencontre, dont on nous dit qu'elle s’est “faite par hasard”... devant un certain nombre de photographes quand même ;-)

Emprunt au magazine Platine d'août 1994 :
Jean Mareska (label manager pour Atlantic et Elektra, de 1971 à 1974)
: “Je me souviens bien du jour où Véronique Sanson a rencontré Stephen Stills, avec lequel elle a eu ensuite une liaison. C'était dans les salons du Georges V où il y avait une party. Je me souviens qu'Hugues Aufray était là, et qu'on a présente Véro à Stills. Ils ont commencé à parler tous les deux, sont allés s'asseoir dans un coin, et ne se sont plus quittés de toute la soirée. C'était comme dans les romans d'amour, plus rien n'existait pour eux.”


Ici-Paris




















L’édition 2018 des Francofolies de La Rochelle a été l’occasion de reprendre ces trois-là ensemble en photo, après le show de Véronique auquel participait Stephen Stills, qui s’est spontanément approché en pointant Bernard de Bosson du doigt : “It’s all because of you!”. 
(à leurs côtés, c’est Françoise, l’épouse de B2B)
 Photos © L.C.